Visions du souhaitable

Le second séminaire de prospective: le 13 mars 2015

A la suite de l’exploration des futurs possibles à travers les scenarios, nous avons posé la question des avenirs souhaitables.

A la suite du séminaire de novembre 2014 et sur la base des résultats des différentes étapes de la démarche, 10 axes stratégiques ont été retenus pour la démarche GIML, qui constituent l’ossature du projet GIML. C’est sur la base de ces 10 axes que les participants du second séminaire ont travaillé en cherchant à exprimer ce qu’ils souhaitaient pour ces derniers à l’horizon 2030 (+15 ans) et, quelles pourraient être des actions opérationnelles à l’horizon 2020 (+5 ans) pour commencer à s’orienter dans les directions souhaitées.

axe

 

La journée du 13 mars a ainsi permis à chacun d’exprimer sa vision souhaitée et d’échanger avec les autres. Ces échanges ont permis de mieux appréhender les connaissances des uns et des autres et de finalement mieux comprendre les zones de divergences entre chacun. Pour autant les éléments partagés pour le futur de ce territoire sont nombreux, les actions proposées sont riches. Tout ceci constitue une base de travail structurante pour la suite du projet.

L’ensemble des propositions qui ont été débattues dans les différents groupes de travail de l’atelier ont été reprises et ré-agencées par le groupement pour tenter d’élaborer une vision globale du souhaitable pour le territoire du GIML.

Le territoire GIML souhaité est, en termes de gouvernance, de connaissance et de sensibilisation :

  • Un lieu où s’applique la règlementation efficacement en limitant le temps de l’inaction pour éviter des coups partis difficiles à enrayer (exemple : un projet de construction illégale doit être stoppé au départ et non une fois l’aménagement bien avancé) ;

  • Un espace où les acteurs politiques et publics se dotent d’une capacité d’anticipation au-delà des échéances de courts termes (calendrier électoral, renouvellement des docs d’urbanisme, etc.) et notamment avec des méthodes (outil, animation scientifique, mobilisation citoyenne) qui aident à mesurer les conséquences à l’horizon 15 à 20 ans des actions planifiées au présent.

  • Un lieu où les actions innovantes et pilotes sont portées à connaissance et sont valorisées, l’information circule ; les citoyens sont fiers de ces innovations ; les connaissances scientifiques et techniques sont valorisées et communiquées localement et mondialement ; l’accès des citoyens aux connaissances et aux résultats des travaux et recherches via des outils et portail WEB (partage, mutualisation, agrégation) est facilité pour leur permettre de mieux s’approprier les connaissances. Cet accès « libre et facilité » contribue à la transparence de la gestion intégrée. La Réunion est intégrée dans les réseaux d’expertises insulaires.

  • Un territoire en capacité d’observer son évolution en continu et d’évaluer ses actions : mise en place d’observatoires scientifiques, culture de l’écobilan.

  • Un espace où s’épanouit une société éco-responsable, ancrée dans son territoire : chacun est acteur de la gestion intégrée du continuum mer-terre.

  • Un territoire qui mobilise et consolide les outils de conservation des milieux naturels (réserves naturelles, parc national…) et de sensibilisation pour répondre aux enjeux de biodiversité.

Les gestions de l’eau et des risques liés aux aléas naturels, sur un territoire souhaité, permettent :

  • Une infiltration des eaux de ruissellement efficace des Hauts au littoral : en ville, autour des maisons, dans les champs et dans les espaces naturels ; les processus d’érosion sont maîtrisés depuis la source ; la structuration spatiale favorise l’infiltration de l’eau et économise la consommation d’espace ;

  • L’agriculture et l’urbanisation s’adaptent au cycle de l’eau : moins de pollution, 0 phyto, un sol en culture pérenne, une artificialisation du sol limitée. L’eau n’est plus une contrainte.

  • L’assainissement des eaux usées est optimum : les STEP sont toujours opérationnelles et adaptées aux usages et le traitement individuel est efficient.

  • Le recyclage de l’eau est devenu courant ;

  • Une gestion des déchets (micro et macro polluants) à la source ;

  • La protection des aménagements littoraux aux regards des risques d’inondations et de submersion via une révision de leur emplacement et une sécurisation des biens et personnes (la manière de réorganiser l’espace littoral fait cependant débat, voir le paragraphe sur les éléments de débat)

Concernant les écosystèmes et les paysages, un territoire souhaité réunira :

  • Des continuités écologiques longitudinales et altitudinales rétablies ;

  • Un milieu récifal en bonne santé, résilient ; la santé du milieu corallien est un indicateur privilégié de réussite de la gestion intégrée.

  • Une diversité des paysages naturels et patrimoniaux : un littoral corallien, une savane et une forêt sèche, des ravines fonctionnelles, des forêts primaires et des paysages agricoles ;

  • Des grands paysages rendus accessibles et valorisés pour le public ;

  • Une nature en ville, riche et cohérente avec les autres espaces de nature.

Enfin, dans ce territoire souhaité, les filières économiques permettent :

  • des avancées notables en termes d’autonomie alimentaires et énergétiques ; les énergies renouvelables sont développées ;

  • le développement du recyclage des déchets et une consommation maîtrisée des matières premières : les cycles courts deviennent dominants ;

  • Un tourisme équilibré en termes d’accueil et d’activité entre les Hauts et les Bas, des usages écotouristiques, respectueux de la nature et de la culture locale ;

  • Une bonne organisation des pratiques en mer : régulation et valorisation harmonieuse du milieu marin ;

  • La production d’innovations techniques et sociales : le territoire développe et valorise la recherche et le développement sur la gestion intégrée du continuum mer-terre. Il est dynamique en termes d’échanges de savoir-faire dans les réseaux de l’Océan Indien. Il sait capter les financements pour développer des projets locaux.

  • Le développement de l’agriculture biologique locale qui alimente notamment les cantines scolaires ;

La formulation de cette vision du souhaitable a néanmoins soulevé des questions et mis en exergue des divergences au sein du panel de participants.

  • Une restauration du lagon est-elle crédible ? A quelles échéances ?

  • L’urbanisation (bande littorale, bords de ravines, …) : déconstruire, densifier, relocaliser, rénover comment faire ? Comment dépasser les difficultés de se confronter aux intérêts particuliers pour appliquer un intérêt général, dont les effets ne se liront qu’à moyen terme (protection contre les aléas climatiques, perte de biodiversité, disparition du corail et de l’économie qui s’y raccroche, …)

  • Comment trouver un équilibre entre innovation et tradition ?

  • Les ressources financières : faut-il des taxes? Si oui, taxer quoi (parking, accès à la plage, …) ? De quelles aides et subventions le territoire peut-il bénéficier pour engager des actions ?

  • La participation citoyenne au contrôle : bilan de l’expérience « bandcochon.re » ? Qui pourrait jouer le rôle de sentinelle ?

  • Comment préparer l’après canne à sucre (et faut-il s’y préparer) ?

  • Peut-on trouver d’autres modèles touristiques sur la zone ?

  • Engager des actions d’expérimentation oui mais avec quelle réversibilité notamment dans les aménagements?

Ces divergences ont autant d’importance que ce qui fait consensus car elles révèlent certaines contradictions entre différents éléments de cette vision et aussi différentes options sur les orientations à prendre.